Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ?

1. Introduction

 Suite à la naissance en 1990 de Florine, notre fille myopathe, nous avons eu, en tant que parents, l’occasion de nous pencher, non pas simplement de manière théorique, mais, je dirais, de manière existentielle sur le sujet de la souffrance.

La question de fond qui s’est posée à nous, et qui se pose inévitablement derrière celle qui nous occupe ce soir est : Comment rendre compatible la réalité de la souffrance avec celle de Dieu, en particulier avec l’idée d’un Dieu à la fois bon et tout-puissant ?

Ce Dieu bon ne pouvait-il pas éviter à l’humanité de vivre et de connaître les drames qui engendrent tant de souffrances en son sein ?

Ce Dieu Tout-Puissant ne pouvait-il pas faire que la souffrance n’existe pas ? En quoi la toute-puissance de Dieu peut-elle nous être utile dans la souffrance ?

C’est à ces 3 questions que je vais tenter en 12 mn de répondre ce soir !

2. Constat

Si la souffrance apparaît dans notre monde comme une anomalie, une sorte d’intrus, sachons bien qu’elle l’est tout autant dans le monde de Dieu. La souffrance qui se déroule dans ce monde ne plaît pas plus à Dieu que le handicap n’est agréable à vivre pour ma fille.

C’est pourquoi je le dis, et c’est la 1ère réponse que je tiens à faire au sujet de ce problème épineux de la souffrance présente dans le monde : la souffrance est un intrus dans le monde de Dieu.

Qui dit intrusion dit deux choses :

- La 1ère est qu’il y a dans l’existence de la souffrance quelque chose que Dieu n’a pas voulu, mais qui s’est imposé par une volonté extérieure à la sienne. Un intrus, comme je le fais remarquer dans mon livre, n’est pas un invité désiré. C’est quelqu’un qui, sans que vous donniez votre avis, arrive chez vous et vous oblige, que vous y soyez favorable ou non, à une cohabitation forcée.

Croyons bien (et si vous ne pouvez retenir qu’une seule chose ce soir de la question de la souffrance, c’est celle-ci), qu’il en est pour Dieu de la question de la souffrance exactement ce que j’en dis ici : elle n’est pas le fuit du désir et de la volonté de Dieu, mais elle s’impose à lui comme une cohabitation forcée.

- La 2ème chose que le terme d’intrusion suppose est que, si l’intrus n’est pas un invité désiré, alors sa présence signifie qu’elle est le résultat d’une volonté mauvaise et hostile à celui à qui elle s’impose.

Alors que beaucoup d’hommes lèvent le poing contre Dieu à cause de la souffrance, il apparaît que c’est vers le péché, et derrière le péché, la présence d’un esprit mauvais, que la Bible pointe le doigt pour identifier l’origine de la souffrance. Le péché, c’est la volonté de la créature se mettant en travers de celle du Créateur. Or, dès l’origine, il apparaît que péché et souffrance sont liés, l’un engendrant l’autre et l’autre étant inséparable du premier.

Quand je dis que la souffrance résulte du péché, il ne faudrait cependant pas croire (ce serait mal comprendre la chose) que tous ceux qui souffrent doivent leur souffrance directement à leurs péchés. Jésus, parlant d’un aveugle né, s’est d’ailleurs clairement inscrit en faux par rapport à cette pensée.

Ce que je veux dire, c’est que le péché étant entré dans le monde, inévitablement la souffrance a suivi : qu’elle soit d’ordre physique, mentale ou spirituelle. De même que, d’après la genèse, les chardons et les épines apparurent sur la terre après la révolte de nos premiers parents, la souffrance est le chardon et l’épine que l’homme a récolté en lui-même en voulant s’affranchir de Dieu.

3. Dieu et la souffrance

A partir de là, deux questions se posent :

- la 1ère : pourquoi Dieu n’a-t-il pas empêché l’intrus de pénétrer dans ce monde pour le détruire et y imposer la souffrance

- la seconde : qu’est ce que Dieu va faire maintenant que la souffrance est là ?

Si Dieu n’a pas empêché l’irruption de la souffrance, vous allez peut-être trouver la réponse dérangeante, c’est tout simplement qu’il ne le pouvait pas ! Si je dis qu’il ne le pouvait pas, il ne faut cependant pas comprendre cette incapacité en termes de moyens. Quant aux moyens, Dieu aurait pu le faire.

S’il ne l’a pas fait, c’est qu’il y avait en lui une impossibilité de le faire liée à Sa nature.

Car Dieu, montre la Bible, n’est pas comme nous, qui sommes si souvent changeants. Dieu, dit la Bible, est quelqu’un d’immuable, qui ne change pas. Aussi ne peut-Il pas, après avoir décidé d’une chose, changer d’avis et se montrer autre si la chose qu’Il a décidé ne fonctionne pas comme il le souhaitait.

Il nous est impossible de comprendre les raisons pour lesquelles Dieu n’a pas empêché la souffrance, si nous ne comprenons pas quels ont été les principes qui été ceux de Dieu au moment où Il choisit de créer le monde (et plus particulièrement l'homme et la femme).

Ce principe était celui de créer l’homme et la femme à son image, à sa ressemblance, des êtres dotés d’une personnalité et d’une capacité d’auto détermination. Si c’est à l’homme lui-même qu’il revient de décider de ce que sera sa vie et son parcours, soit en accord avec Dieu, soit en opposition à Lui, Il n’était pas possible à Dieu d’éviter à l’homme la souffrance, fruit de son mauvais choix

Les choses étant ainsi, il nous faut encore répondre à la seconde question : que Dieu va-t-Il et que peut-Il faire maintenant que la souffrance est là ?

Pour y répondre, j’aimerais l’expliquer par une image qu’il sera facile de comprendre pour tous : celle de l’huître perlière. On retrouve en effet, pour la fabrication des perles de nacre par une certaine espèce d’huître, le même principe que celui que j’ai développé au sujet de Dieu quant à la souffrance.

C’est par l’intrusion, contre sa volonté, d’un grain de sable qui le fait souffrir que commence, chez l’huître, le processus qui va la conduire à créer une perle. Incapable de se débarrasser de l’intrus, l’huître a trouvé un moyen simple pour atténuer la blessure et la gêne que provoque en elle ce corps étranger. Au fil des ans, elle le recouvre, par un processus qu’elle seule connaît, de carbonate de calcium, qui cristallise ensuite sous forme d’aragonite, pour finir par donner une perle.

Toute l’histoire de ce grain de sable, à l’origine intrus et auteur de la souffrance de l’huître, devenant par un procédé chimique miraculeux perle précieuse et magnifique, résume le procédé de Dieu pour vaincre le mal. La politique de Dieu à l’égard du mal, et de la souffrance qui l’accompagne, n’est pas de l’éradiquer brutalement du monde, mais de l’anesthésier par la puissance du bien et de son amour.

Jésus-Christ en est la preuve majeure. Alors que c’est le péché qui fait venir Jésus dans ce monde, en mourant pour le péché, Jésus libère Sa vie qui agit, dans le cœur de tous ceux qui croient, comme le carbonate de calcium autour du grain de sable de l’huître. Couche après couche, grâce après grâce, le cœur est guéri de la souffrance occasionnée par le péché… en attendant qu’un jour le corps y soit aussi !

Gilles Georgel

 

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